Un CEB adapté pour les DYS ?

Avant le congé de printemps, la Fédération Wallonie-Bruxelles a envoyé aux directions d’établissements scolaires la circulaire relative aux conditions de passation du CEB, qui se tiendra cette année entre le 15 et le 21 juin 2018. Un chapitre est consacré aux aménagements raisonnables pour les élèves à besoins spécifiques. Nous l’avons passé en revue pour vous.


Chaque année, la FWB organise le CEB – Certificat d’Études de Base – pour tous les élèves de 6ème primaire, de 1re et 2e années différenciées, de 1re année commune ou complémentaire de l’enseignement secondaire qui ne sont pas titulaires du CEB ainsi que pour les élèves relevant de l’enseignement à domicile qui auront atteint 12 ans le 31 aout 2017. Le CEB sert à évaluer les connaissances des élèves en français, mathématiques et éveil. Si le contenu et les critères de correction de cette épreuve externe sont les mêmes pour tous, les conditions de passation peuvent toutefois être adaptées pour les élèves à besoins spécifiques.

Quelles sont les conditions préalables pour pouvoir demander ces adaptations ?

  1. Tout d’abord, les troubles de votre enfant doivent avoir été diagnostiqués par un spécialiste compétent (logopède, neurologue, neuropédiatre, neuropsychiatre, neuropsychologue, ORL, pédiatre ou psychiatre) ou par le centre PMS ;
  2. Ensuite, les aménagements doivent déjà avoir été mis en place en classe, avant le passage du CEB. Les raisons principales de cette obligation sont d’une part d’encourager la mise en place d’aménagements raisonnables tout au long de l’année et d’autre part, le fait que d’« imposer » à l’enfant l’utilisation d’outils qu’il ne maîtrise pas serait pour lui une source de stress indéniable et tout à fait inutile. Il ne serait dès lors pas judicieux de par exemple demander que votre enfant passe le CEB sur ordinateur alors qu’il ne maîtrise ni le clavier ni la souris …

Des versions adaptées, oui, mais sur demande

Saviez-vous que toutes les épreuves externes (CEB, CE1D, CESS) sont, dès le début de leur conception, rédigées pour convenir au plus grand nombre d’élèves, même ceux qui souffrent de troubles d’apprentissage (dyslexie, dysorthographie, dyspraxie, dyscalculie, troubles de l’attention, troubles visuels, etc.) En effet, des spécialistes sont, chaque année, conviés à la relecture des épreuves pour réfléchir en amont au problème de l’accessibilité. La version standard est prévue pour convenir à la plupart des élèves.

Néanmoins, il existe deux versions adaptées, pour les élèves atteints de troubles visuels et/ou de trouble(s) d’apprentissage sévère(s). Les adaptations consistent notamment en une mise en page plus aérée, une adaptation de la taille et de la police de caractère (Arial 20 pour la version 1 et Arial 14 pour la version 2), un alignement du texte à gauche et une amélioration des contrastes, des cartes et dessins schématisés, etc.

Pour vous faire votre propre idée, n’hésitez pas à télécharger les versions précédentes du CEB, elles sont toutes disponibles sur le site http://www.enseignement.be. Vous pourrez ainsi mieux vous rendre compte, avec votre enfant, de la version avec laquelle il est le plus à l’aise. La version standard ayant été conçue à la base pour convenir au plus grand nombre, cette version est peut-être suffisante pour votre enfant.

Aperçu des différentes versions du CEB (ici la version 2016)

Aperçu des différentes versions du CEB (ici la version 2016)

 

Enfin, sachez que pour bénéficier de ces versions adaptées, les directions d’écoles ont jusqu’au 30 avril 2018 pour introduire une demande auprès de la FWB. Il ne reste donc plus que quelques jours, si ce n’est déjà fait, pour convenir avec l’équipe éducative du format qui conviendrait le mieux à votre enfant.

Aménagements autorisés ne devant pas faire l’objet d’une demande préalable

Il existe par ailleurs des aménagements autorisés pour tous les élèves présentant des besoins spécifiques qui ne doivent pas faire l’objet d’une demande préalable. C’est notamment le cas pour l’élargissement du temps de passation (en respect du temps nécessaire à l’organisation des corrections) ou la relance attentionnelle par l’enseignant surveillant l’épreuve.

Si votre enfant bénéficie déjà d’aménagements en classe, un certain nombre d’outils de compensation sont également autorisés pendant les épreuves du CEB, qui ne doivent pas non plus faire l’objet d’une demande préalable. Voici quelques exemples des dispositifs d’aide qui sont automatiquement admis :

 

Utilisation d’une latte pour l’aide à la lecture ou de feutres fluo

 

 latte lecture
Utilisation de feutres fluo pour marquer des informations essentielles, les questions à compléter,…  stabilo-surligneur-fluo-boss
Utilisation d’un dictionnaire avec des signets ou l’alphabet reprise sur le côtéavec  ou  indexouvrez-le-livre-avec-les-signets-colorés-13326540
Utilisation d’un time-timer pour l’aide à la gestion du temps  imagen-time-timer-0thumb
Utilisation de fiches personnalisées soutenant l’élève dans la structuration de son travail ou de fiches de procédure sans contenu de réponse.

 

Ces fiches ne peuvent contenir des informations portant sur les matières évaluées telles que formules de calcul, tables de multiplication, …

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Utilisation d’abaques vierges  abaque

 

Les logiciels d’aide

Les logiciels de lecture vocale, d’écriture vocale, de traitement de texte ou de mathématiques sont automatiquement autorisés lors des épreuves externes, pour les élèves « DYS » diagnostiqués qui utilisent déjà l’outil numérique en classe. La liste – non exhaustive – des logiciels autorisés est disponible dans la circulaire. Les logiciels ayant les mêmes fonctions d’aide qui n’y figurent pas sont autorisés, mais doivent simplement faire l’objet d’une demande écrite, avant le 30 avril 2018. Citons entre autres parmi les logiciels reconnus :

  • Kurzweil 3000 (sans prédiction ni correction orthographique, sans correction grammaticale lorsque l’orthographe est évaluée)
  • Sprint PDF (sans prédiction ni correction orthographique, sans correction grammaticale lorsque l’orthographe est évaluée) ;
  • Lexibar (excepté quand l’orthographe est évaluée) ;
  • Géogebra (approprié en cas de troubles de la motricité ou de dyspraxie) ;
  • Géometry Pad (appropriée en cas de troubles de la motricité ou de dyspraxie) ;
  • Notability (permet de consulter, mais aussi d’annoter, de surligner du texte au sein de fichiers PDF et d’enregistrer son travail) …

 

Les « Aménagements Raisonnables »

Source : www.enseignons.be

Source : www.enseignons.be

Si chaque enfant est différent, chaque élève « DYS » l’est également. Ce qui fonctionne pour l’un ne fonctionnera pas nécessairement pour un autre. Vouloir imposer à tous la même règle n’est pas fructueux ni pertinent. C’est pourquoi tout aménagement doit d’abord être testé (le plus souvent à la maison, ou lors du suivi logopédique, ou avec l’ergothérapeute etc.) avant d’être transposé en milieu scolaire.

 

C’est ainsi que pour le CEB par exemple, un enfant dyslexique pourra demander l’aide d’un logiciel uniquement pour la lecture des consignes et ensuite préférer répondre aux questions sur le formulaire papier standard. Un dyspraxique sera lui, plus habitué à tout effectuer sur son ordinateur car c’est précisément la graphie des mots qui lui pose soucis. C’est au cas par cas.

L‘APEDA, l’Association de Parents et de Professionnels pour les Enfants en Difficulté d’Apprentissage a toujours défendu la voix de l’autonomie des « DYS » dans leurs apprentissages et dans la maitrise de leurs outils de compensation. D’une manière générale, les aménagements raisonnables, dont fait partie l’outil numérique, ne doivent pas constituer un frein à l’apprentissage de l’enfant, ce qui peut être le cas s’ils ne sont pas mis en place en concertation avec les parents, l’enfant, les thérapeutes et l’équipe éducative.

Ainsi, un enseignant, à qui l’on impose un outil, sera moins enclin à s’y intéresser, que s’il est le fruit d’une discussion préalable. Le professionnel de la santé (logopède, ergothérapeute, etc.) qui a diagnostiqué l’enfant peut également être sollicité, afin d’expliquer à l’équipe éducative les implications concrètes des troubles dont souffre l’élève. Un dialogue bienveillant sera plus efficace pour faire comprendre à chacun quels sont les besoins spécifiques et l’intérêt des aménagements raisonnables.

Il est également important d’impliquer l’enfant dans le processus, car il doit avant tout maîtriser son outil, se l’approprier pour qu’il soit un tremplin à son apprentissage, plutôt qu’un frein (ainsi pour un élève ayant besoin d’un outil numérique, l’apprentissage du clavier et de la souris peuvent se faire durant les séances de logopédie/ergothérapie/kinésithérapie ou au cours de stages spécialisés par exemple). C’est aussi pour cela que les aménagements doivent d’abord être éprouvés en classe, durant les temps d’apprentissage, avant de pouvoir être employés de manière optimale lors des épreuves d’évaluation.

S’il est vrai que le décret « 7 », décret relatif à l’accueil, à l’accompagnement et au maintien dans l’enseignement ordinaire fondamental et secondaire des élèves présentant des besoins spécifiques voté au parlement de la FWB à l’unanimité le 7 décembre 2017 et qui sera d’application dans toutes les écoles de FWB à la rentrée 2018-2019, est un signal fort pour l’école inclusive, mais il doit également tenir compte de la réalité des classes. La meilleure volonté du monde ne tient pas la route face à la réalité du terrain. C’est là tout l’enjeu de ce décret. Il ne pourra réussir à s’implanter efficacement dans toutes les écoles que grâce au dialogue, tout en gardant à l’esprit que l’obligation d’accompagner et de faire progresser chacun des enfants est le but de tout projet pédagogique. Alors saisissons cette opportunité comme une chance de renouer le dialogue entre parents, enfants, thérapeutes et enseignants pour le plus grand bénéfice de nos élèves « DYS ».