Edito du mois de décembre 2020

Pôles Territoriaux pour les aménagements raisonnables et l’intégration : sortir de l’incertitude

La création des « pôles territoriaux » sera lancée dès septembre 2021 en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ceux-ci seront voués à remplacer le mécanisme actuel des intégrations, afin de mieux accompagner les élèves à besoins spécifiques, comme le prévoit l’un des chantiers  du Pacte pour un enseignement d’Excellence.

La première étape de ce grand changement a, en réalité, déjà eu lieu cet été, avec la suppression des intégrations temporaires totales (à la grande surprise, rappelons-le, du monde de l’enseignement spécialisé et ordinaire). Totales ou partielles, permanentes ou temporaires : les intégrations peuvent être de quatre types. Elles sont un mécanisme qui permet à des élèves à besoins spécifiques de fréquenter l’enseignement ordinaire en bénéficiant de plusieurs heures d’accompagnement hebdomadaire par un enseignant détaché du spécialisé. Plus de onze mille élèves porteurs d’un handicap ou présentant des troubles de l’apprentissage bénéficient aujourd’hui d’un tel soutien.

Alors, pourquoi vouloir en finir avec les intégrations ? Selon le cabinet de la ministre de l’Enseignement, Caroline Désir (PS), « les études menées dans le cadre du Pacte d’Excellence ont démontré que le mécanisme actuel n’était pas mis en place avec le même succès partout. Certains élèves à besoins spécifiques se voyaient ainsi, de facto, privés d’un accompagnement destiné à les aider dans leur scolarité. »

Autre grief à l’encontre des intégrations : elles n’ont jusqu’ici pas permis de faire baisser le nombre d’élèves dans le spécialisé. La tendance est, en effet, à la hausse depuis une dizaine d’années. Entre 2008 et 2018, le nombre d’élèves inscrits dans le spécialisé en Fédération Wallonie-Bruxelles a augmenté de 31 % dans le maternel, de 13 % dans le primaire et de 21 % dans le secondaire. Une augmentation qui classe aujourd’hui la Belgique parmi les mauvais élèves européens en la matière. Selon un rapport de 2019 d’Unia, le centre interfédéral pour l’égalité des chances, 4 % du total des élèves belges francophones sont inscrits dans le spécialisé : un taux largement au-dessus de la moyenne européenne (1,54 %).

Le coût élevé des intégrations est également évoqué pour justifier la nécessité d’une réforme. Entre 2015 et aujourd’hui, le budget des intégrations est passé de quinze millions d’euros à plus de cent millions.

La circulaire 7689 du 19 août 2020 supprime dès le 1er septembre l’intégration temporaire totale alors qu’aucun PARI n’était encore en place. Pourquoi donc avoir supprimé le mécanisme d’intégration temporaire totale avant que les PARI ne soient mis en place et ainsi forcer des enfants à passer d’abord par une école spécialisée ? De plus, avons-nous la certitude qu’après avoir passé un an dans l’enseignement spécialisé, les enfants seront intégrés dans l’enseignement ordinaire ? La suspension temporaire ou la suppression de l’intégration temporaire totale est un déni de droit.

Cette circulaire devrait donc purement et simplement être suspendue tant que les pôles territoriaux ne sont pas une pleine réalité et dotés de tous les moyens nécessaires. La Fédération a placé la charrue avant les bœufs et créé ainsi une grande incertitude et des craintes tant du côté des parents que des écoles.

Si nous reconnaissons la volonté du Pacte d’Excellence et de la ministre d’avancer dans la bonne direction, nous regrettons cependant ce mauvais phasage, l’absence de réelle consultation des organisations représentant les élèves à besoins spécifiques et de leurs parents dans la mise en place des PARI.  L’incertitude que cette circulaire  a  créée et la nouvelle charge de travail dans des délais restreints imposée  aux directions d’école, déjà submergées et à bout de souffle ne sont pas favorables aux élèves concernés.

Si quarante pôles devraient être opérationnels en septembre 2021 et septante en 2022, nous rappelons qu’il est primordial de former en parallèle les enseignants à mieux accueillir et accompagner les élèves à besoins spécifiques au sein de leurs classes, et ceci dès la formation initiale suivie de formations continues.

Ghislain Maron, administrateur de l’APEDA

Geoffroy d’Aspremont, directeur opérationnel de l’APEDA