Khan Academy

 

 

Khan Academy : un apprentissage dysférent

 

Déborah Houba, Christelle Colonval et Alizée Kempenaers

Un apprentissage personnalisé

La version francophone de Khan Academy existe depuis 2015. Son contenu original est traduit de l’anglais vers le français par Bibliothèques Sans Frontières, une ONG française, présente en Belgique depuis 2017. Cette plateforme gratuite d’apprentissage personnalisé, qui a fait ses preuves dans le monde entier, permet aux élèves de travailler différemment les matières scientifiques et mathématiques. Et si cette plateforme contribuait aux aménagements raisonnables ? Voyons ensemble ce que Khan Academy pourrait apporter aux élèves présentant des troubles de l’apprentissage.

L’objectif premier de Khan Academy, c’est d’offrir un apprentissage personnalisé à ses utilisateurs. En effet, le site est un bon outil de différenciation : chaque élève suit la leçon, effectue des exercices correspondant à son niveau et prend le temps qu’il lui faut pour les réaliser. Il est même possible de demander des indices qui nous renvoient vers la vidéo liée à l’exercice, pour revoir la théorie si besoin. Ceci permet vraiment de comprendre et progresser à son rythme.

Voir la matière différemment                                                

Le site propose une quantité impressionnante d’exercices et un contenu théorique étendu. De quoi revoir chaque détail du cours et comprendre ainsi à quel endroit précis on bloque. Khan Academy permet de réellement décortiquer la matière. Mais pas uniquement ! Selon Mélanie, maman d’un garçon présentant un autisme sévère et un trouble de l’attention, « les exercices sont progressifs et bien faits ; il n’y a pas de “pièges” comme on en trouve hélas encore dans les méthodes habituelles de maths. Les compétences sont travaillées les unes après les autres. » On appelle ça la pédagogie de la maîtrise et ce principe est le fondement de Khan Academy.

En ce qui concerne le contenu théorique, il est enseigné par vidéo préenregistrée. Ces vidéos donnent l’occasion à l’élève d’entendre un cours expliqué d’une manière différente, avec d’autres mots. L’information étant présentée de manière épurée, sur fond noir notamment, l’enfant peut se concentrer sur la matière à apprendre et sur l’explication, sans avoir de distraction, même celle d’un enseignant.

Maman d’une petite fille dyspraxique et dysphasique, Diane témoigne : « Les vidéos sont claires et apportent une autre manière de voir le sujet ; cela apporte un plus aux explications de l’institutrice. » Par ailleurs, dans le cas d’une dysphasie, l’élève est parfois plus à l’aise avec les images qu’avec les mots. La maman confirme : « Ma fille a plus de facilités quand les choses sont visuelles et les vidéos apportent cette visibilité. Et accessoirement, cela m’aide aussi à comprendre certaines notions ! »

En les visionnant, l’élève peut modifier la vitesse de lecture des vidéos et cliquer sur « pause » et sur « play » autant de fois que nécessaire. Ainsi, s’il en ressent le besoin, il peut aborder plus lentement les savoirs présentés.  Ces divers éléments rendent l’apprentissage plus confortable pour l’élève Dys qui a parfois besoin de plus de temps pour revoir ses cours et qui peine souvent à le faire sur des supports écrits. Avec Khan Academy, on peut intégrer la matière à sa manière, plus sereinement.

La difficulté du geste en moins

L’apprentissage ou la révision de la géométrie ne nécessite pas de manipulation des outils « classiques » tels que l’équerre, la latte, le compas ou encore le rapporteur. En effet, c’est au moyen de « clics » que l’élève trace, mesure, déplace, etc. Cette approche permet aux élèves présentant une dyspraxie (TAC) de se libérer de la double tâche liée à ces manipulations fines. Ainsi, ils pourront économiser de l’énergie attentionnelle pour se concentrer sur la compréhension et l’apprentissage de nouveaux savoirs. On peut aussi, à tout moment, avoir accès à une feuille de brouillon venant s’ajouter en transparence sur l’exercice. L’élève peut alors barrer, entourer ou faire un dessin pour s’aider à la compréhension.

Le jeu comme stratégie d’apprentissage

Un autre atout de la plateforme est sa méthode ludique : au fur et à mesure qu’il réussit les exercices, réalisés sous forme de quiz, l’élève obtient un nouveau badge, accumule des points et voit son avatar personnalisé évoluer. Cela ressemble en de nombreux points à un jeu vidéo ! C’est un avantage quand on veut motiver un élève en perte de motivation et d’intérêt pour l’école. Les exercices interactifs rendent aussi l’élève moins passif. Avançant à son rythme et s’entraînant autant de fois que nécessaire, l’élève Dys devient acteur de son apprentissage et acquiert plus d’autonomie. Toutefois, grâce à la possibilité de créer un compte « Parent », les parents pourront suivre la progression de leur enfant. Ils pourront connaître l’heure et la date de réalisation ainsi que les scores obtenus et le temps passé sur la tâche. Par ailleurs, chaque minute passée sur un exercice ou une vidéo rapportera des points à l’élève. Peu importe les résultats qu’il obtient, son temps de travail sera donc lui aussi valorisé.

Révision, remédiation et différenciation

Les enseignants peuvent se créer un compte. Il est alors possible de gérer sa classe de A à Z. Après avoir créé la classe et un compte pour chaque élève, on peut assigner un devoir en fonction d’une leçon, d’un chapitre ou d’une compétence spécifique. Les révisions et la préparation des examens peuvent être complétées par la plateforme qui dispose d’un contenu tout à fait adaptable à ce qui a été vu en cours. L’enseignant pourra suivre les progrès de chacun de manière personnalisée. De cette façon, il sera plus facile d’accorder du temps aux élèves Dys et d’être attentif à leurs difficultés.

Pour que les enseignants puissent utiliser la plateforme de façon optimale, l’équipe Khan Academy propose régulièrement des formations sous forme de webinaire et partage sur le site des stratégies pour motiver et impliquer les élèves. Plus de 10 000 enseignants belges utilisent déjà Khan Academy avec leurs classes. Au vu de la situation sanitaire actuelle et compte tenu de la facilité de son utilisation individuelle, la plateforme pourrait devenir une solution aux éventuelles fermetures de classes et d’écoles.

Les thérapeutes (logopèdes ou autres) peuvent aussi tirer profit de Khan Academy : la plateforme se révèle utile en séance lorsque l’élève est accompagné. Certains voient leur confiance renforcée grâce aux défis de maîtrise, car ils peuvent ainsi tester leurs compétences avec des exercices différents de ceux vus aux cours et mêlant plusieurs notions sur une matière. Le thérapeute peut alors constater l’évolution du patient et comprendre quels sont les points précis sur lesquels il doit agir par la suite.

 

Accessible sur tous les outils

On peut naviguer sur Khan Academy en utilisant un ordinateur, une tablette, un iPad, un ChromeBook et même un téléphone portable. En outre, la synchronisation selon les différents supports d’étude est efficace. Par exemple, l’élève pourra facilement récupérer sur un iPad son travail réalisé précédemment sur un ordinateur. Ceci peut se montrer utile s’il décide de poursuivre des exercices pendant un trajet dans les transports en commun, par exemple. Notez qu’il est bien entendu essentiel d’avoir accès à une connexion Internet (ou 3G).

Seul petit bémol : la non-oralité des consignes et des renforcements positifs. Les aides sont proposées à l’écrit uniquement. En conséquence, l’enfant dyslexique n’aura parfois pas la possibilité de se servir des indices ou de lire les encouragements reçus quand il réussit une question. Il y a cependant un son de feu d’artifice qui caractérise une réponse correcte et que l’élève apprendra rapidement à reconnaitre. Les logiciels de synthèse vocale comme Sprint peuvent lire le contenu, mais il y a une erreur dans la lecture des nombres (exemple : 1 est lu 100). Sur l’iPad, la fonction « contenu énoncé » fonctionne, mais pas la sélection du texte de l’écran, ce qui fait que la synthèse vocale reprend sa lecture depuis le début de la page. Enfin, diverses extensions Chrome utiles pour les élèves Dys telles que OpenDyslexic ou Reader Mode ne fonctionnent malheureusement pas sur le site. Dès lors, Khan Academy gagnerait beaucoup à ajouter une synthèse vocale et à modifier sa plateforme pour permettre aux applications et logiciels d’aide d’accompagner les élèves à besoins spécifiques dans son utilisation.

En fin de compte, la plateforme répond à plusieurs besoins liés aux troubles de l’apprentissage. Que ce soit au niveau de la clarté des contenus théoriques audiovisuels pour les enfants dyslexiques et dysphasiques, ou encore de la facilitation du geste pour les enfants dyspraxiques, Khan Academy semble avoir le potentiel pour faire avancer l’éducation d’aujourd’hui vers un système plus inclusif. Sans oublier son approche ludique qui rend les exercices pratiques attrayants et qui redonne à tous l’envie de découvrir les sciences et les mathématiques !